Série Confitures de laine
De loin, l’étagère séduit : une rangée de bocaux décline un arc-en-ciel de couleurs, promettant confitures et légumes préservés. On croit pouvoir ouvrir un pot et goûter la couleur elle-même. Mais en s’approchant, le doute s’installe : impossible d’y voir l’accumulation rassurante de confitures familiales. Chaque pot est unique, parfaitement espacé, affirmant son individualité plus qu’un quelconque ordre domestique. Très vite, on comprend qu’il s’agit d’œuvres : malgré les codes de la conserve — pot, étiquette, date — rien ici n’est comestible. Les fruits attendus laissent place à de minuscules pelotes de fil, mystérieusement conservées dans un liquide qui trouble la lumière. On imagine des usages impossibles, des doigts minuscules ou des souris couturières. Pourtant, la préciosité de l’ensemble interdit tout contact : seule la contemplation demeure. Portés par les couleurs, surtout les plus sombres, on reste là, intrigués, à scruter ces « confitures de laine » qui détournent nos attentes pour mieux captiver le regard.